“Abracadavra”, quant à “Louve basse” de Denis Roche (1976)

 

Bernard Delvaille, Bernard Noël, Denis Roche et Emmanuel Hocquard,       le 14 juin 1978, au musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

© ARC

 

Après avoir clos son œuvre poétique en 1972 par Le Mécrit, Denis Roche publie en 1976 un roman écrit “dans une langue de vent violent” : Louve basse. À cette époque, Bernard Noël écrit des recensions pour La Quinzaine littéraire depuis 1971 ; il proposera de rédiger celle de Louve basse, qui paraîtra donc dans le numéro 228 de mars 1976.

Son titre Abracadavra fait notamment référence à la dernière partie du livre, où Denis Roche anticipe sa mort et décrit son propre cadavre. L’amitié entre les deux écrivains aboutira, on le sait, à l’édition par Bernard Noël, dans la collection “Textes” qu’il dirigeait chez Flammarion, du premier livre de photographies de Denis Roche : Notre Antéfixe.

Lire Abracadavra et son apparat critique

Cet apparat critique a été constitué avec Bertrand Verdier auxquels vont nos remerciements, ainsi qu’à Michel Surya et à Bernard Noël.

 

“Mourir de rire et rire de mourir”

La phrase de Georges Bataille qui conclut Abracadavra a été plusieurs fois reprise par Bernard Noël :

  • Dans L’in-fini de Bataille, en 1973 : “Il semble que l’homme ait toujours agi, produit, pensé en vue d’une fin qui lui était extérieure, et qui tout à tour s’appelait Dieu, le Bien, la Société, etc. alors que tous ces mots n’étaient que les avatars d’un seul : le Salut. Bataille, lui, place cette finalité en l’homme, et c’est ce renversement qui permet l’expérience intérieure en la libérant de toute transcendance. Ainsi conçue, l’expérience, en effet, n’a d’autre fin qu’elle-même. Elle est libre. Elle peut rire de mourir et mourir de rire.”
  • En 1980 dans En tête, texte introductif aux Bruits de langues : “La poésie a trop chanté ; il faut qu’elle déchante et trouve là le véritable chant. Quelqu’un disait : Mourir de rire et rire de mourir…”
  • Dans sa pièce de 2004, Le Retour de Sade, où le Divin Marquis s’exprime ainsi : “Quelque chose n’a pas de sens. C’est la vie, bien sûr, à moins que tout à coup elle n’en ait trop. Mais cela revient au même, et j’en ris. Eh oui, je meurs de rire (il rit longuement). D’où vient cette bizarre expression ? Mourir de rire me projette au sommet de moi […]”
  • Dans Le Bien du mal, sa préface de 2008 à L’Archangélique de Bataille : “La représentation de l’instant tragique fait mourir de rire puis rire de mourir.”

Michel Surya, dans La Mort à l’oeuvre, sa biographie de Georges Bataille, écrit :  “Seul le rire répond de la farce divine et de la transe inutile où elle jette : le rire que Bataille a signifié d’un mot emprunté à William Blake qui est comme un postiche posé sur le nez de Dieu : Nobodaddy.”

De Nobodaddy à Nonoléon

Entre Blake, Bataille, Roche et Noël, les passerelles s’avèrent multiples. À la page 85 de Louve basse, Denis Roche évoque le “Noboddady” du poète anglais. Or ce “Papapersonne” joue un rôle important pour Bernard Noël. Il l’a découvert dans les années 70, grâce à Pierre Leyris qui traduisait alors les poèmes de Blake et il s’en inspire en se créant un double littéraire : Nonoléon. Cet alter ego “papoète” se moque du Noël pratiquant la “belle poésie”. Un texte intitulé Nonoléon, écrit aux environs de 1975, paraît en 1979 dans la revue Haine de la poésie, chez Christian Bourgois. Il est ensuite repris dans différentes éditions et ouvre le volume III des Œuvres, La Place de l’autre (P.O.L). “Nonoléon, mon cop’ à la mort dans la vie / transmutante, qui toujours criait : vers avant !”, ironise Bernard Noël dans l’un de ses Bruits de langues

Bernard Noël parle de Nonoléon

Bernard Noël lit le début de Nonoléon

 

© Bernard Noël

Envoi de Denis Roche à Bernard Noël, le 2 septembre 1973

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Cette lecture se complète de celle qu’en propose le site 

Axolotl-cahiers Denis Roche.

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