Fidélité à Fata Morgana

Bernard Noël a publié une cinquantaine de titres chez Fata Morgana. Cette abondance est le fruit d’une longue amitié avec l’éditeur Bruno Roy. Leur relation a débuté à l’automne 1967. Bernard Noël raconte : C’est par hasard que j’ai rencontré Bruno Roy chez Madame de Renéville. J’allais chez elle une ou deux fois par semaine afin de classer les papiers et la bibliothèque de son mari défunt [1]. Elle avait dû me convoquer pour l’assister dans son rendez-vous avec Bruno Roy qui, sans doute, souhaitait publier des inédits de Renéville… Finalement, c’est moi que Bruno a publié, un poème en plaquette, et tout de suite, il a été question d’un peintre. Je rêvais que ce soit Sima, mais l’envoi du poème est resté sans réponse. Cependant, l’amitié de Bruno et l’association à ses activités éditoriales m’ont porté tout naturellement vers le “livre de dialogue”, dont il a édité l’un des plus beaux exemples des trente dernières années : Le Rêve de l’ammonite de Butor et Alechinsky [2].

Le “poème en plaquette” évoqué s’intitule À vif enfin la nuit. C’est le huitième ouvrage que publie, en octobre 1968, la toute jeune maison d’édition de Bruno Roy, sise près de Montpellier. Le texte de Bernard Noël est accompagné d’une eau-forte de Ghislain Quévy. Quelques mois plus tard, Jérôme Martineau tire pour Fata Morgana les cinquante exemplaires de tête du Château de Cène.

Colophon de l’édition 1969 du Château de Cène

Les titres s’enchaînent : en 1970, Une messe blanche, avec une eau-forte d’Alain Le Foll ; en 1971, Souvenirs du pâle, avec quatre pointes-sèches de Ramon Alejandro. De 1973 à 1980, Bernard Noël prend une part active dans la maison d’édition en codirigeant avec Bruno Roy la collection “Le Grand Pal” – en référence à une phrase de Georges Bataille : “Je ne parlerai plus d’expérience intérieure mais de pal.”

Vignette de François Lunven

Bernard Noël dédie, en 1975, une Lettre verticale à l’éditeur et à Marijo Roy, son épouse et collaboratrice. Ses parutions chez Fata Morgana vont se succéder continûment, au rythme d’une ou deux par an, comme le montre le long catalogue des éditions. Ce sont, pour la plupart, des “livres de dialogue” avec des artistes (Vladimir Velickovic, Colette Deblé, Bernard Moninot, Dado, Bernard Dufour, Camille Bryen, etc.), mais aussi avec d’autres écrivains (André Velter, Jean Frémon, Roger Laporte).

© Atelier Bernard Noël

Parfois, Bernard Noël intervient en tant qu’illustrateur, comme dans Les Rougets d’André Pieyre de Mandiargues.

Aquarelle, 2004

Les éditions Fata Morgana comptent, à ce jour, plus de 600 livres à leur catalogue. Ce sont les plus anciennes de tout le Languedoc-Roussillon. Depuis 2000, David Massabuau seconde Bruno Roy. La longue fidélité de Bernard Noël perdure puisqu’un nouveau recueil de ses textes paraîtra dans les mois à venir à Fontfroide le Haut. Ainsi se vérifie ce qu’affirmait l’auteur dès 1974 : Chez Fata Morgana, j’ai trouvé LA maison. Elle est dans maintenant [3].

Bernard Noël et Bruno Roy, Fontfroide le Haut, 2018 © EK

 

[1] C’est en 1966 que Pierre Leyris a introduit Bernard Noël auprès de Lucia Rolland de Renéville, veuve d’André qui fut l’un des membres du Grand Jeu de 1927 à 1932.

[2] Entretien de Bernard Noël avec Jean Lissarrague, in Écrire-Voir, Centre “Joe Bousquet et son Temps”, 2002.

[3] Yves Masselot, texte sur Fata Morgana in Le Temps parallèle n° 1, 1974.

Quelques documents

Dialogue de Bernard Noël avec Bruno Roy sur la “petite édition”, paru dans l’anthologie Fata Morgana, 1966-1976, 10/18, 1976.

Texte de Bruno Roy sur ses liens avec Bernard Noël paru dans le numéro 2-3 de la revue Givre consacré à Bernard Noël en 1977.

Quinze ans bientôt…, préface de Bernard Noël pour le catalogue Fata Morgana, 1966-1980.

Le volume l’écrit, texte de Bernard Noël pour le catalogue Fata Morgana, 1965-2015.

 

Merci à David Massabuau pour sa coopération, à Bernadette Griot pour la mise en page de l’entretien Bernard Noël / Bruno Roy et à Jean-Paul Morin pour le texte d’Yves Masselot.

Passages en revues

Bernard Noël affectionne les revues littéraires. Il a toujours encouragé et soutenu leur existence. Il aime y publier, même quand le tirage en est modeste.

Son premier texte paru dans un périodique s’intitule Au vent. C’est un poème de forme classique, en alexandrins, que l’adolescent envoie en 1947 au Journal des voyages, hebdomadaire auquel il est alors abonné. Son ode au vent de l’Aubrac natal est retenue et publiée à la rubrique “La page des jeunes poètes” du numéro 90.

© BnF

L’année 1954 voit la parution de trois textes – dont deux commandes – dans des revues. De 55 à 62, ce sont principalement les Cahiers des saisons qui accueillent, parfois dans des versions primitives, les écrits qui vont compter. Bernard Noël les regroupera ultérieurement dans Le Lieu des signes et Treize cases du je.

À partir de 1970, il décide de devenir écrivain à plein temps et, parallèlement aux livres qui paraissent, ses publications dans des revues et journaux littéraires s’intensifient considérablement. Elles sont de natures variées : poèmes, notes de lecture, entretiens avec des peintres ou des écrivains, articles politiques, etc. Souvent, il s’agit d’extraits d’œuvres en cours. L’abondante bibliographie des parutions en revues et journaux est consultable ici.

Notons que Bernard Noël a participé aux comités de rédaction de La Traverse, Mise en page, Nulle PartCorrespondances, Lignes ainsi qu’à ceux des journaux La Quinzaine littéraire, Révolution, Le Journal à Royaumont et Les Lettres françaises.

© Atelier Bernard Noël

Ces périodiques recèlent souvent de véritables pépites, dont certaines n’ont jamais été rééditées. C’est le cas des notes de lecture présentées ici : l’une sur Aurora de Michel Leiris et la deuxième sur She de Henry Rider Haggard. Elles ont initialement paru dans le numéro 19-20 de la revue Opus international, en 1970. Dans son essai consacré à Bernard Noël*, Pierre Dhainaut écrit, à juste titre, que Le Château de Cène a “emprunté sa forme” à ces deux romans initiatiques, admirés par “Urbain d’Orlhac”…

Aurora

She

 

*Pierre Dhainaut, Bernard Noël, Ubacs, 1977.

Dans les pas de Rimbaud

   “Il n’y a pas de renoncement, lequel n’est que littérature pour littérateurs, il n’y a qu’un mouvement qui agit à l’intérieur, à la manière de cette langue nouvelle dont Rimbaud a dit qu’elle serait «de la pensée accrochant la pensée et tirant» [1].” Bernard Noël

Arthur Rimbaud (en haut à gauche) à Aden vers 1880

Le colloque d’Aden

L’Institut du monde arabe et le gouvernement du Yémen du Sud organisent à Aden, du 11 au 18 mars 1990, un colloque sur Arthur Rimbaud réunissant auteurs arabes et français, dont Bernard Noël [2]. Le 14, guidé par Alain Borer, le groupe d’écrivains part sur les traces de Rimbaud dans les rues de la ville, “le labyrinthe d’Aden s’ouvrant dans les coulisses d’un colloque [3]”. Dans le quartier de Krater, la maison où le poète fut importateur est identifiée grâce à Barr-Adjam – livre des souvenirs d’Alfred Bardey, son employeur – ainsi qu’à des photographies fournies par deux intellectuels yéménites. Alain Borer raconte : “Nous entrons dans l’agence Bardey ; ouverte et habitée, mais discrètement déserte à cet instant, la maison sent encore le café des harims – elle n’a pas changé d’affectation, devenue Chambre du commerce et de l’industrie où s’entassent des sacs de moka d’Arabie [4].” Alain Jouffroy, participant à cette découverte, écrit : “Soudain, le «mythe Rimbaud», fabriqué dans les officines littéraires et universitaires françaises, tombait silencieusement en poussière sur les tièdes carreaux fendus de cette terrasse, à la lumière du crépuscule yéménite. Tout devenait, banalement, mystérieusement réel [5].”

La maison Bardey, 1994 © Jean-Claude Grosse

Lors du colloque, Alain Jouffroy lance l’idée d’écrire collectivement un “Manifeste d’Aden”. La veille du retour en France, Bernard Noël lui remet ces quelques lignes, en guise de début du manifeste : “Aden est un mot, et chaque mot est en soi une image, car un mot ne se limite pas au sens de la chose qu’il désigne. Aden, où nous sommes venus, n’est pas un lieu, c’est simplement la forme qu’ici donne à l’inconnu puisqu’il faut, un instant, que l’inconnu ait des lèvres et un corps pour que, dans l’Autre, notre propre limite prenne un contour aimable. Nous aimons l’amour qui nous souffle entièrement en tu [6].”

De 1991 à 1997, la maison Bardey est transformée en un centre culturel franco-yéménite. En 2000, elle devient le “Rambow Hotel” ! Sur une photographie de 2018, le nom de l’hôtel est toujours gravé au-dessus de l’entrée mais ses fenêtres apparaissent murées et des panneaux sur sa façade indiquent : “Abou Ahmed, toutes sortes de meubles”…

Rambow Hotel, 2018 © Georges Malbrunot

Bernard Noël a contribué au colloque avec ce texte sur l’image poétique :

De la pensée accrochant la pensée et tirant

Le site artyuiop propose l’intégralité de la lettre de Rimbaud à Demeny.

*

[1] Bernard Noël, Arthur Rimbaud in La Place de l’autre, Œuvres III, P.O.L, 2013.

[2] Les autres participants sont Chawki Abdelamir, Alain Borer, Chantal Dagron, Charles Dobzynski, Thierry Fabre, Kadim Jihad, Alain Jouffroy, Mohamed Kacimi, Marc Le Bot, Serge Sautreau et André Velter.

[3] Alain Borer, La découverte de la “Maison Rimbaud” in Sud, cahiers trimestriels, n° 112, 1995.

[4] ibid.

[5] Alain Jouffroy, Je suis ici dans les Gallas, éditions du Rocher, 1999.

[6] Alain Jouffroy, Petite introduction à un manifeste d’Aden in Rimbaud, revue Europe n° 746-747, juin-juillet 1991.

Bernard Noël et Arthur Rimbaud

Dans son œuvre, Bernard Noël se réfère plusieurs fois à Rimbaud de manière plus ou moins explicite. Il lui a également consacré quelques textes spécifiques :

  • La mort, le mot et le mort-mot, préface à Arthur Rimbaud de Roger Gilbert-Lecomte (Fata Morgana, 1971), reprise dans Treize cases du je (Textes/Flammarion, 1975). Ce texte est principalement axé sur Gilbert-Lecomte.
  • Aujourd’hui, Rimbaud…, réponse de Bernard Noël à une enquête menée par Roger Munier auprès d’une cinquantaine d’écrivains (Archives des lettres modernes n° 160, Minard, 1976).
  • L’Élan et le Hoquet, in Jules Laforgue, Œuvres complètes, t. 2 (L’Âge d’homme, 1995), repris dans La Place de l’autre, Œuvres III (P.O.L, 2013).
  • Harar, préface au livre de photographies éponyme de Guy Hersant (Filigranes, 1999).
  • Arthur Rimbaud, texte paru initialement en espagnol, traduit par Miguel Casado (Casa Encendida, 2007 ; Huerta de San Vincente, 2008), puis repris en français dans La Place de l’autre, Œuvres III (P.O.L, 2013).

 

Merci à Jean-Baptiste Para et à Jean-Claude Grosse pour leurs aimables autorisations ainsi qu’à Mohammed Bennis pour sa traduction.

Partages poétiques à Royaumont

Bernard Noël et Denis Roche (1er décembre 1983, Royaumont © Denis Roche)

“Je prends en photo nos deux ombres projetées sur une berge du canal. C’est assez beau parce qu’à la place de nos jambes il y a l’ombre de grandes branches qui partent dans tous les sens.” (Denis Roche, Temps profond, Seuil, 2019)

 

Aux yeux de Bernard Noël, la littérature ne se limite pas aux auteurs français : Rilke, Eliot, Lowry et Kafka l’ont autant marqué que Nerval ou Artaud. Faire circuler l’écriture à travers différentes langues est pour lui une nécessité. Ainsi, dès qu’il prit la tête de la collection Textes chez Flammarion, il décida d’y “planter les trois piliers de la poésie américaine [1]” : Williams, Pound et Cummings, dont il édita, pour la première fois en France, un livre entier. Bernard Noël a lui-même réalisé quantité de traductions et ses propres livres sont publiés dans une trentaine de pays. Sa vie durant, il a effectué de multiples voyages au cours desquels il a rencontré de nombreux auteurs et traducteurs étrangers. Ces déplacements sont aussi sources d’écriture. Plusieurs livres en témoignent : URSS aller retour, La Rencontre avec Tatarka, Le Passant de l’Athos, Le Reste du voyage, Les Villes en l’air, etc., auxquels s’ajoutent des journaux de voyage encore inédits.

Une idée neuve

En 1983, un Centre Littéraire s’ouvre au sein de la Fondation Royaumont, à Asnières-sur-Oise. Bernard Noël en prend la direction en septembre. Son programme est basé sur la rencontre et l’échange. Il a l’idée novatrice de créer des “séminaires de traduction poétique”. Le principe en est simple : des poètes étrangers sont accueillis pendant cinq jours avec une dizaine d’écrivains et traducteurs français. Les invités donnent lecture de leurs poèmes dans leur langue d’origine, puis un interprète lit un mot à mot en français ; enfin tout le monde travaille en commun à une traduction, dans le “frottement de syntaxes étrangères [2]”. Chaque séminaire doit aboutir à la publication d’un volume, l’objectif étant de constituer une anthologie de la poésie mondiale. Le premier séminaire, en décembre 1983, est consacré au poète américain David Antin. À partir de 1984, la codirection du Centre Littéraire est confiée à Rémy Hourcade et Jean-Pierre Boyer, Emmanuel Hocquard puis Claude Esteban en devenant tour à tour les conseillers artistiques. Bernard Noël continue à participer aux séminaires de traduction.

Emmanuel Hocquard, Marie-Florence Ehret, Bernard Noël, Demosthenes Agrafiotis, 1990 © Kathy Imbert

Ces rencontres entre écrivains venus de pays divers sont très fructueuses, comme l’explique Emilio Sánchez-Ortiz : “Lorsque nous sommes à l’Abbaye, nous engageons de nouvelles amitiés, nous échangeons des livres et des revues ; de nouvelles collaborations se mettent en place. En un mot : nous vivons et dialoguons intensément. La rencontre entre les écrivains s’enrichit grâce à la mise en place préalable d’un thème de travail qui sert de lien entre eux. Cela n’a rien à voir avec les cocktails littéraires dominés par les stéréotypes et la frivolité. À l’Abbaye, après les séances de travail, nous disposons de temps pour parler intensément, pour vivre à fond cette expérience fascinante et conflictuelle que suppose toute poésie ; ou alors, […] pour évoquer des collaborations qui se concrétiseront plus tard en traductions, éditions ou autres séminaires qui n’auraient jamais eu lieu sans un contact préalable au Centre Littéraire. En un mot : il se forge une vision plus large du monde [3].”

Denis Dormoy, Bernard Noël, François Dominique, 1990 © Kathy Imbert

Alchimie collective

À propos de ces échanges, Claude Esteban écrit : “Si nous sommes réunis, sous les voûtes de cette bibliothèque, n’est-ce pas en vérité pour nous attacher derechef à un livre dont nous ne savons rien encore et qu’à nous tous, écrivains, poètes, interprètes, nous allons soustraire à sa langue originelle et, ligne à ligne, phrase à phrase, faire en sorte qu’il devienne un autre, le nôtre aussi bien, en français ? Oui, nous nous livrons là, comme en secret, à une bien curieuse entreprise, et qu’on pourrait à bon droit estimer déraisonnable, celle de la traduction collective – entendons élaborée à plusieurs et en un même lieu – d’un poète invité et qui partage donc avec nous ce travail, cette transmutation périlleuse [4]…”

Bernard Noël évoque un phénomène étonnant : “Parfois, le travail collectif a suscité une dimension surprenante dans l’espace de laquelle advenait à l’ensemble des participants une sorte de don des langues [5].” Au micro d’Alain Veinstein, il ajoute, en 2014 : “Je crois vraiment qu’il y avait un partage qui, étrangement, relevait un peu d’une espèce de cérémonie animiste [6]…”

Séminaire Fernando Pessoa, 1986 © Jean-Yves Cousseau

De riches rencontres

Le bilan est éloquent : de 1983 à 2000, 52 rencontres ont lieu, représentant 35 nationalités et 22 langues ; 84 titres sont publiés. Des livres d’artiste sont également réalisés dans l’atelier de la Fondation. Dans un désir de partage, de nombreuses lectures sont proposées au public soit à Royaumont même, soit dans les alentours ou à Paris. En septembre 1985, trente-cinq écrivains se succèdent pendant trois jours pour lire l’intégrale des Cantos d’Ezra Pound devant près de trois cents personnes.

Mary de Rachewiltz, fille d’Ezra Pound © Kathy Imbert

En 1995, lorsque Bernard Noël se voit confier la célébration du centenaire de Paul Éluard, il saisit l’occasion pour faire l’état des lieux de la poésie mondiale. Il contacte alors près de deux cents poètes dont quatre-vingts étrangers, afin qu’ils définissent leur conception de la poésie. Toutes les contributions sont réunies dans un gros volume intitulé Qu’est-ce que la poésie ?, publié par Jean-Michel Place. On y retrouve beaucoup de noms venus aux séminaires, preuve que les relations avec les poètes se sont poursuivies au-delà des rencontres de Royaumont…

[1] Bernard Noël, du jour au lendemain, entretiens avec Alain Veinstein, L’Amourier, 2017.

[2] Le Journal à Royaumont 1, 1987.

[3] Ibid.

[4] Voir Royaumont, Créaphis, 2000.

[5] Le Journal à Royaumont 1, op. cit.

[6] Bernard Noël, du jour au lendemain, op. cit.

Royaumont, bibliothèque, 1987 © Pierre Gaudin/Créaphis

Publications de Bernard Noël à Royaumont

Outre toutes les traductions auxquelles il a participé, Bernard Noël a également publié à Royaumont des textes personnels :

Écrit sur la glace, gravure de Jan Voss, Avec/Royaumont, 1985 (50 ex.).

Corps 12, Royaumont, 1985 (75 ex. et 24 HC). Portfolio réunissant 12 peintres et 12 écrivains sur le thème du “geste sportif”. Bernard Noël est associé à Olivier Debré ; son poème s’intitule Gestes.

Lieux d’écrits, ouvrage collectif sur les lieux évoquant des écrivains, photographies de Jean-Yves Cousseau, Royaumont, 1987. Le texte de Bernard Noël s’intitule Le Coin d’Irène. Il fait écho à un extrait du Paysan de Paris de Louis Aragon.

On trouve des textes de Bernard Noël dans Le Journal à Royaumont :

  • une présentation du journal dans le bulletin d’abonnement (1987).
  • deux textes dans le n° 1 (1987) : Les séminaires de traduction poétique et Parti pris
  • deux textes dans le n° 2 (1988) : La ligne Masson préface du catalogue André Masson, livres illustrés de gravures originales (Fondation Royaumont, 1985) et Sens et culture, repris dans La Castration mentale (P.O.L, 1994) puis dans L’Outrage aux mots, Œuvres II (P.O.L, 2011).
  • un texte dans le n° 3 (1988) : Le Dieu des poètes repris par les éditions Paupières de terre (1991) puis dans La Place de l’autre, Œuvres III (P.O.L, 2013).

La plaquette Fondation Royaumont, 1964-1984 : XXe anniversaire contient le texte Commande ? .

 

Nos remerciements vont à Demosthenes Agrafiotis, Jean-Paul Auxeméry, Marguerite Ballèvre, Jean-Pierre Boyer, Pierre Gaudin et Françoise Peyrot-Roche pour leurs contributions à la documentation de cet article.

Paule Thévenin, l’action discrète

“Le feu dont Antonin Artaud m’a dotée, même la mort ne saurait l’éteindre.” [1]

Paule Thévenin, 1993 © Photo Denis Roche (coll. Domnine Milliex)

Après la réédition par Gallimard du tome I des Œuvres complètes d’Antonin Artaud en 1976, Bernard Noël écrit : “[L’actuelle réédition] prouve que la vie de cette Œuvre tient aussi au travail anonyme qui ne cesse de l’enrichir, d’abord bien sûr en découvrant de nouveaux textes, ensuite en éclairant patiemment les circonstances de leur rédaction. Ainsi s’élabore, avec une discrétion qui en dissimule l’importance, une biobibliographie, c’est-à-dire une vie tramée par les textes et non par l’anecdote toujours pauvrement illustrative [2].” Le “travail anonyme” auquel il fait allusion est celui de Paule Thévenin qui voua toute sa vie à révéler l’œuvre d’Artaud pour nous la rendre accessible. Bernard Noël lui a rendu hommage dans son livre Artaud et Paule.

La “lectrice absolue”

En 1946, deux mois après avoir fait la connaissance de Paule Thévenin, Artaud lui a demandé de dactylographier les poèmes d’Artaud le Mômo. D’autres textes suivront. Leur collaboration est très active : Antonin dicte et la jeune femme tape à la machine à écrire. C’est ce que Paule a appelé “l’écriture vocale [3]”. Dès la mort d’Artaud, elle se lance dans la mise au net des manuscrits qu’il lui a laissés. “Il l’a formée à ce rôle, sans l’en prévenir, en lui confiant la dactylographie de ses pages, et le plus souvent sous sa dictée afin de la familiariser avec sa scansion.”

Fonds Artaud, Cahier 323 © BnF

Durant les trois dernières années de sa vie, Artaud a écrit et dessiné avec acharnement, remplissant 406 cahiers d’écolier. Ces pages sont très difficiles à déchiffrer. Parfois, plusieurs couches d’écriture se superposent. “[Sa main] n’inscrit pas du lisible, mais du vif, et à l’instant, et en l’état, et tel quel surgi, et criant. La graphie des cahiers est l’empreinte même de la vivacité d’Artaud vivant son incendie.” Après sa disparition, “Paule épouse alors l’œuvre d’Artaud, c’est-à-dire son corps de papier, et lui donne son propre corps”. À propos de ce don de soi à une œuvre, Michel Surya parle “d’énigmatiques noces mystiques [4]”. Le colossal travail de décryptage des cahiers et la constitution minutieuse d’un appareil critique pour la publication occuperont la vie de Paule Thévenin pendant quarante-cinq années.

Naissance d’une passion

C’est grâce au docteur Ferdière que Bernard Noël découvre Artaud en 1947. Alors lycéen à Rodez, il écrit des poèmes qui intéressent le psychiatre. Celui-ci lui parle de son célèbre pensionnaire qui a quitté l’asile d’aliénés aveyronnais en mai 1946 pour la maison de santé d’Ivry, où il meurt le 4 mars 1948.

Bernard Noël part vivre à Paris en octobre 1949. Comme son ami François S., il se passionne pour les ouvrages du “Mômo” qu’il lit à la Bibliothèque nationale. Plus rien de lui n’étant publié dans ces années-là, les deux jeunes gens décident de demander des lettres d’Artaud à ses amis pour les faire éditer. Bernard Noël en rencontre quelques-uns (dont Paule Thévenin), tous favorables, mais le projet ne peut aboutir sans l’autorisation de la famille Artaud.

Bernard et Paule

Les liens amicaux entre Paule Thévenin et Bernard Noël se nouent véritablement début 1974. Ce dernier prépare pour Flammarion l’édition de deux livres de Jacques Prevel : En compagnie d’Antonin Artaud et Poèmes. Bernard Noël contacte Paule afin qu’elle lui apporte “conseils et précisions”. Dans la Lettre à un ami qu’elle lui adresse le 2 janvier 1986, Paule raconte ainsi leurs premières rencontres : “Vous m’aviez apporté quelques lettres d’Antonin Artaud et nous avons parlé un long moment. La nature des questions que vous me posiez sur mon travail, la façon dont vous les posiez, vos silences attentifs, l’impression que vous me donniez d’être enfin écoutée, tout cela m’a amenée à vous en dire plus en quelques minutes que je ne l’avais jamais fait avec personne auparavant”. L’amitié se poursuivra pendant dix-neuf ans, jusqu’au décès de Paule. Bernard Noël est le premier à qui elle annonce, peu avant de mourir, être parvenue au bout de son travail sur les manuscrits d’Artaud.

L’anonymat

Depuis la mort d’Antonin, Paule Thévenin a été en butte à l’hostilité de la famille Artaud qui lui reproche d’avoir gardé pour elle ses manuscrits – ce qu’elle a fait pour les préserver de la censure des héritiers. Après la publication du premier volume des Œuvres complètes chez Gallimard en 1956, Fernand Artaud, le frère de l’écrivain, bloque pendant plusieurs années la parution de Adresse au pape et de Adresse au Dalaï-Lama. “Rien ne protège un auteur de ses héritiers dans un monde où « morale » et « propriété » sont unies par les seuls liens indissolubles [5]”, écrit Bernard Noël. Les tomes paraissent ensuite régulièrement, transcrits et scrupuleusement annotés par Paule Thévenin sans que son nom y soit mentionné. “La famille Artaud voulait bien des droits d’auteur fournis par le travail de Paule, mais ne voulait pas que ce travail bénéficie de la moindre reconnaissance.” En 1991, le neveu d’Artaud, Serge Malausséna, fait suspendre la parution du tome XXVI en accusant Paule de ne pas respecter le texte de son oncle. Elle en est profondément affectée. Elle meurt d’un cancer le 25 septembre 1993, avant que le procès engagé contre elle ne tourne à son avantage. Le volume XXVI paraît en 1994. Depuis, les cinq derniers tomes préparés par Paule sont en attente de publication chez Gallimard…

“Comparez [aux cahiers] les volumes édités : la masse d’écriture est devenue des textes clairement établis, avec un appareil considérable de notes. L’illisible est devenu lisible. Est-ce une trahison ?”

Les cinq tomes non publiés © Atelier Bernard Noël

*

[1] Paule Thévenin, Lettre à un ami in Antonin Artaud, ce Désespéré qui vous parle, Éditions du Seuil, coll. Fiction & Cie (1993).

[2] Bernard Noël, Artaud renouvelé, la Quinzaine littéraire n° 242 (16/10/1976).

[3] Paule Thévenin, Lettre à un ami, op. cit.

[4] Artaud et Paule, 4e de couverture.

[5] Bernard Noël, L’Action discrète, préface à Textes 1962-1993 de Paule Thévenin, Lignes (2005). Réédition dans La Place de l’autre, P.O.L (2013).

Toutes les autres citations sont issues de Artaud et Paule de Bernard Noël, Lignes/Léo Scheer (2003). Réédition dans La Place de l’autre, P.O.L (2013).

Quelques documents

  • Bernard Noël parle de Paule Thévenin avec Dominiq Jenvrey :

(“L’émission de littérature”, Radio Campus Orléans, 20/10/2004)

De Bernard Noël sur Antonin Artaud

Outre Artaud et Paule et Artaud renouvelé cités plus haut, on pourra lire également :

  • Préface de En compagnie d’Antonin Artaud de Jacques Prevel, Textes/Flammarion (1974). Réédition augmentée des Poèmes de Jacques Prevel, Flammarion (1994).
  • N’enfermez plus Artaud, les Nouvelles littéraires (08/04/1976).
  • Artaud le lalie, Cahiers Artaud n°1 (octobre 2013), éditions Les Cahiers. Repris dans La Place de l’autre, P.O.L (2013) puis dans La Célibataire n° 29 (hiver 2014), éditions EDK.

Nos vifs remerciements vont à Domnine Milliex, Hélène Milliex, Françoise Peyrot-Roche, Michel Surya, Alain Veinstein et Bertrand Verdier.

Pour Noël, offrez un cadeau fantastique (1954)

Acheté par hasard sur les quais, Heureux les pacifiques, de Raymond Abellio, impressionna beaucoup Bernard Noël. La lecture du roman Les yeux d’Ézéchiel sont ouverts, du même auteur, intensifia cette impression. Aussi, quand Abellio put rentrer en France en 1953, Bernard Noël et son ami Jean Largeault – le futur philosophe – lui demandèrent de les recevoir. À la suite de cette rencontre, les deux jeunes hommes furent amenés à fréquenter le Cercle d’Études Métaphysiques qu’animait Raymond Abellio. L’année suivante, sachant Bernard Noël sans ressources, l’écrivain le recommanda à Louis Pauwels qui cherchait un secrétaire et, en réalité, un “nègre”. Celui-ci dirigeait alors la Bibliothèque Mondiale qui publiait deux livres par mois au format de poche, ce qui était une innovation éditoriale. Chaque parution était accompagnée d’un “cahier” consacré à l’actualité culturelle et scientifique.

Bernard Noël composa tout le cahier du numéro 43, daté de novembre 1954. Il s’agissait d’une présentation de la compagnie Renaud-Barrault. Son nom n’y est pas mentionné.

Dans le cahier du numéro 45, accompagnant Chant de Noël de Charles Dickens (décembre 1954), se trouve le premier article signé de son nom : Pour Noël, offrez un cadeau fantastique. À travers ce texte, on peut déjà reconnaître la langue du futur écrivain et relever son intérêt pour Henri Michaux à qui il consacrera ultérieurement plusieurs textes.

Dans les années 50, Louis Pauwels préparait avec Jacques Bergier ce qui allait devenir son best-seller : Le Matin des magiciens (sous-titré Introduction au réalisme fantastique). Bernard Noël fut chargé d’écouter Bergier et de mettre en forme ses propos qui constitueraient le début du livre, soit une centaine de pages. Malgré les promesses de Pauwels, Bernard Noël ne fut payé ni pour son travail à la Bibliothèque Mondiale ni pour sa contribution au Matin des magiciens

Deux livres de littérature fantastique ont été traduits de l’anglais par Bernard Noël pour les éditions des Deux-Rives, dans la collection “Lumière interdite” que dirigeait Pauwels : Démons et merveilles de Howard Phillips Lovecraft (1955) et L’Homme venu du futur de Lewis Padgett (1957).

Présence de François Lunven

© Calligrammes

“Mince, pas très grand, de constitution plutôt frêle, François Lunven attirait immédiatement par la noblesse de son regard, la qualité candide de son sourire et par son discours persuasif qui emportait sur le champ au galop de la spéculation la plus fascinante”, écrit Ramon Alejandro [1]. C’était un peintre, un dessinateur et un graveur prodigieusement doué, qui maîtrisait toutes les techniques à la perfection. Le 19 octobre 1971, il sauta par la fenêtre de son atelier situé au 6e étage, laissant ses pantoufles avec le talon contre le mur. Il avait 29 ans. Suicide ? Effet secondaire d’un médicament prescrit par son psychiatre ? Imitation de Bernard Réquichot qui se défenestra et qu’il admirait ? Nul ne saurait trancher. Son amitié avec Bernard Noël fut brève (21 mois) mais intense. Depuis sa fin brutale, elle n’aura cessé de hanter l’écrivain. 

 

En 1969, l’éditeur Bruno Roy avait choisi François Lunven pour réaliser la gravure accompagnant le tirage de tête du Château de Cène. Le 20 janvier 1970, le jeune artiste vint offrir le cuivre de sa gravure à “Urbain d’Orlhac” – alias Bernard Noël – et ce cadeau amorça le lien amical.

coll. Bernard Noël

Ramon Alejandro se joignit à cette relation. Ainsi fut constitué un trio dans lequel circulait une grande émulation intellectuelle et artistique. La plupart du temps, les rencontres avaient lieu chez l’artiste cubain. “Parfois, Ramon et moi étions traités en membres d’un corps mystique. François enseignait tout le temps parce que sa pensée était tout le temps le foyer d’une transformation qui avait besoin d’échange et de partage, autant pour se nourrir que pour s’essayer [2]”, raconte Bernard Noël.

Dans leurs discussions, Bernard, François et Ramon abordaient de multiples sujets et il était question tout aussi bien du Nombre d’or que du Grand Jeu, de Rimbaud que de Guénon, de “scathéologie” que d’entropie – nom scientifique de la mort. Lunven faisait preuve d’une insatiable curiosité dans tous les domaines. “[Il] voulait une lucidité folle, et qu’elle porte son four intérieur au «blanc» [3]”, explique Bernard Noël, mais il déplore : “Nous ne mesurions pas le danger pour lui de cet échauffement parce que François avait un comportement de lutin malicieux, qui faisait croire ludiques les envolées de son discours [4].” Les trois amis voulaient fonder une société secrète qui aurait porté le nom d’ “Anatomie”. Ils devaient réaliser ensemble des expositions et des livres d’artiste. La fin tragique du “lutin” annula tous les projets en cours. Elle fut un choc particulièrement violent pour Bernard Noël. “Sa mort fut ma mort [5]”, dit-il. Bien longtemps après cette disparition, il s’adresse ainsi au “jeune mort” dans son Tombeau de Lunven, poème en onze séquences écrit pendant l’été 2015 :

 

Tableau sans titre offert par François Lunven à Bernard Noël

coll. Bernard Noël

En seulement neuf années de création, François Lunven a atteint une maîtrise absolue de son art. Il se désignait comme “morphologue”. Dans ses œuvres, constate Bernard Noël, “tout s’organise selon deux directions principales : l’anatomie et le combat [6].” Les cinq textes que l’écrivain a consacrés à son ami mêlent étude de ses productions et évocation de leur créateur, à la personnalité fascinante : La combine, merci (1970), D’un moment à l’autre (1972), À la recherche de François Lunven (1987), Le Retour de Lunven qui inclut D’un moment à l’autre augmenté d’un long début – (2005), Tombeau de Lunven (2016). Ces textes ont été plusieurs fois réédités pour des catalogues d’expositions (cf. rubrique “Écrits sur l’art et les artistes” du site). Les éditions Fata Morgana viennent de les rassembler sous le titre François Lunven.

En outre, plusieurs livres de Bernard Noël comportent des références à Lunven plus ou moins cryptées : Les Premiers Mots, récit construit autour de la mort d’un ami, contient des citations de FL et l’un de ses souvenirs d’enfance (déguisement en amour) ; Le 19 octobre 1977, dont le titre est une allusion limpide, comporte une scène dans un cimetière avec un “R.” qui est Ramon Alejandro ; Le Château de Hors a été écrit “sous le regard d’un ami mort peu après” à qui l’auteur “doit la scène de coprophagie”. François Lunven est également évoqué dans Le double jeu du tu et dans Treize cases du je. Il est aussi question de lui dans divers entretiens accordés par Bernard Noël. Les premières éditions du Lieu des signes (novembre 1971) et de Souvenirs du pâle (décembre 1971) lui sont dédiées. Le préambule de URSS aller retour et plusieurs achevés d’imprimer sont datés du “19 octobre” : Une messe blanche (1972), D’une main obscure (1980), Bruits de langues (1980), etc.

Ce 19 octobre est d’autant plus marquant pour Bernard Noël qu’il est aussi le jour du décès d’Unica Zürn, artiste amie défenestrée en 1970, et de celui d’Henri Michaux, écrivain cher, en 1984 – comme un signe funeste…

 

Entretien inédit de Bernard Noël quant à François Lunven (1980)

Un triangle écorné, texte de Ramon Alejandro (1988)

Texte de Lunven pour Au château d’Argol de Julien Gracq (1968)

 

Pierre Magré et François Lunven au Lycée Claude-Bernard à Paris en 1960. Ils préparaient le CAPES d’Arts plastiques. Lunven fut reçu premier, Magré deuxième.

© Pierre Magré

 

François Lunven posant pour une publicité de mobilier d’entreprise

© Matéric

Ce numéro de Poèmes de l’année contient le poème Le Jeu du tu nous je de Bernard Noël. Le dessin de couverture est de François Lunven.

 

[1] L’Orgueil de la Vie in François Lunven (Musée de l’Hospice Saint-Roch/Galerie Alain Margaron, 2005).

[2] À la recherche de François Lunven in Lunven, dessins (Calligrammes, 1987).

[3] Le Retour de Lunven in François Lunven (Musée de l’Hospice Saint-Roch/Galerie Alain Margaron, 2005).

[4] Ibidem.

[5] Bernard Noël ou l’éclaircie de Jacques Ancet (Opales, 2002). Notons que dans Le double jeu du tu (Fata Morgana, 1977), BN écrit à Jean Frémon quant à Lunven : “SA mort m’a si intensément touché qu’elle est devenue MA mort” et dans À la recherche de François Lunven (Calligrammes, 1987) : “Sa mort a été ma mort.”

[6] Le Retour de Lunven in François Lunven (Musée de l’Hospice Saint-Roch/Galerie Alain Margaron, 2005).

 

Merci à Jean-Pierre Boyer, Éliane Kirscher, Pierre Magré et David Massabuau pour leurs contributions à la documentation de cet article.